Touche pas à mon Dieu!

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Conférence-débat : « Quel avenir pour la laïcité à Genève ? »

Vendredi 29 juin, de 18h30 à 20h., au Temple de la Fusterie 

Comme vous le savez, nous commémorons cette année le centième anniversaire de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Cet événement qui agita notre République avait alors suscité bien des craintes et des débats. Il devait assurer néanmoins la paix confessionnelle et garantir la neutralité de l’Etat. Aujourd’hui, le débat rebondit plus que jamais. L’actualité, ici comme partout dans le monde, témoigne que la laïcité n’est aucunement garantie. Or, seule celle-ci peut assurer une bonne intégration des
populations et un sentiment d’identité à nos futures générations. Quel est donc l’avenir de la laïcité pour Genève? Quelles sont les conditions pour qu’elle advienne? Ques sont les dangers? Cinq spécialistes renommés viendront en débattre avec le public:

  •  Martine Brunschwig Graf, Conseillère nationale, ancienne Présidente du Conseil d’Etat
  •  Ion Karakash, pasteur, co-directeur de l’Atelier Oecuménique de Théologie
  •  François Bellanger, professeur de droit à l’Université de Genève spécialiste des dérives sectaires
  •  Walo Hutmacher, sociologue, spécialiste de l’enseignement du fait religieux
  •  Jean-Noël Cuenod, journaliste à la Tribune de Genève

Animation : Serge Bimpage et Jean-Noël Cuenod
Organisation : Eglise protestante de Genève et Tribune de Genève

A l’issue de la soirée, Jean-Noël Cuenod signera son livre

Touche pas à mon Dieu.

Ecrivain et journaliste, Jean-Noël Cuénod est l’auteur de nombreux ouvrages touchant à la justice et à la politique, mais aussi à l’art et à la poésie. Il a été nommé par le Conseil d’Etat genevois, président du Groupe de travail sur la laïcité afin de rendre rapport sur les relations qu’un Etat laïc doit entretenir avec les communautés religieuses.

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Contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire il ne s’agit pas d’un livre sur Dieu mais sur… la laïcité.
Jean-Noël Cuénod a publié ce livre en 2007 à l’occasion du centenaire de la séparation des églises et de l’Etat… à Genève.
Et c’est là où ce livre est tout à fait passionnant. Vu de France, nous pensons que la laïcité est un concept franco-français, difficilement exportable voire compréhensible de l’extérieur. Bien évidemment il n’en est rien.
Son livre est séparé en trois parties : le passéle présentet le futur?.
J’avoue humblement que je connaissait mal l’histoire de Genève avant la lecture du livre de J-N Cuénod. C’est un tort car cette histoire est tout à fait passionnante !
Genève fut comme toutes les cités, une ville catholique… Et c’est en devenant protestante qu’elle devint, par le même coup, indépendante. C’est la fuite piteuse de l’Evèque Pierre de la Baume à l’été 1533 qui marque l’indépendance de la Ville.

“Le 21 mai 1536, le peuple genevois, réuni en Conseil général, adopte définitivement la Réforme pour seule religion” (p21).
Le grand homme de Genève sera sans conteste Jean Calvin. Il vient à Genève puis est banni avec Guillaume Farel en 1538 avant “de regagner ce qui sera “sa” ville le 13 septembre 1541. Pour ne plus la quitter” (p 23).Calvin y mourra le 17 mai 1564.
Pour les Réformés, le plus important est de lire, comprendre et interpréter personnellement les Ecritures. Ce qui nécessite… de savoir lire et écrire (à l’inverse des villes et des campagnes catholiques maintenues dans l’ignorance par un clergé soucieux de ses prérogatives).
Calvin créé donc l’Académie (on dirait aujourd’hui Collège et Université) le 5 juin 1559. Son successeur, Théodore de Bèze, originaire de Vézelay, en fera une brillante école. 80% des 162 étudiants sont d’ailleurs français. “L’église protestante de Genève a très tôt développé, de façon militante, l’enseignement dans toutes les couches de la population” (p30).
Apprentissage de la culture, élection des membres du clergé protestant; le protestantisme génevois portait en lui les germes de ce qu’on appellera plus tard la démocratie : “avec sa maxime Ecclesia semper reformada (l’Eglise se réforme continuellement), le protestantisme a semé les graines pour que croisse une pensée moins dogmatique, plus éclairée et refusant de se figer dans le prêt-à-penser” (p33).
Genève se retrouvera pourtant sous le joug français (et donc catholique après le Concordat) pendant l’Empire. Les catholiques, originaires des campagnes alentours, relèvent la tête.
Pourtant Genève reste la capitale de la culture et des sciences car “l’aristocratie genevoise dans son ensemble n’estime nullement contradictoire son engouement pour les sciences avec la culture de sa foi religieuse” (p43).
Après la révolution de 1846 (la Constitution est votée en 1848) les radicaux sont au pouvoir. Ils mènent une politique anticléricale (c’est à dire essentiellement anti-catholique). L’Eglise nationale  protestante (église officielle du cantonde Genève) est crée en 1847. C’est une église “incontestablement empreinte de laïcité” (p48). 
Le radicalisme génévois revient en force après 1870 avec Antoine Carteret qui va appliquer une politique anti-romaine musclée.
Pourtant plusieurs tentatives de séparation des églises et de l’Etat échouent. Mais, avec les même motivations, pour des raisons inverses de ce que proposaient les radicaux français. Les radicaux genevois ne souhaitent pas séparer l’église (protestante) et l’état car cette église est garante des valeurs démocratiques de la ville. L’ennemie est bien le même : Rome et son cléricalisme: “Rome qui, indéniablement, constituait un danger réel pour les fragiles démocraties, compte-tenu de son soutien actif aux monarchies les plus rétrogrades” (p57).
Une majorité de protestants combat la séparation. Et une grande partie des radicaux – les partisans de Carteret – la refuse, sous prétexte qu’elle affaiblirait l’Eglise nationale protestante – organisée selon les principes républicains – au détriment de l’Eglise romaine, l’irréductible ennemie des Lumières” (p58).
J-N Cuénod donne également un éclairage sur le rôle des francs-maçons genevois dans la genèse de la loi de séparation. Il est à noter tout d’abord qu’Antoine Carteret, le radical anti-clérical n’est pas franc-maçon. Il relève qu'”il n’y avait pas un seul point de vue maçonnque que les frères étaient chargés de semer dans les sillons de la politique” (p65). Certes, à Genève comme à Paris,  “la Franc-Maçonnerie de l’époque était vouée aux gémonies par le Vatican ultramontain qui multipliait les foudres contre elle” (p66). Pourtant, “loin de souffler les braises des conflits confessionnels, les francs-maçons genevois ont contribué à les éteindre. Loin de soulever les passions anticléricales du Radicalisme, ils les ont modérées! Nous sommes donc fort éloignés des clichés qui ne sont pas encore effacés aujourd’hui“(p67).
Quand aux protestants, nous dit J-N Cuénod, malgré leurs réticences, la nature même du Protestantisme, son fondement démocratique institutionnalisé, la place centrale des laïcs dans l’organisation de la communauté religieuse, tout cela le poussera naturellement et inexorablement vers la Séparation. L’Etat devenant ou redevenant le garant du respect des croyances, ou des incroyances de tous.
Autre différence entre la France et Genève : La loi de séparation de 1905 en France a été imposée par la Loi (et souvent aussi par la force, compte-tenu de la résistance des cléricaux), contre l’Eglise catholique, le peuple des campagnes étant encore trop souvent sous le joug et l’influence rétrograde de l’église catholique romaine.
A Genève, bien que cette loi soit adoptée aux forceps, c’est le peuple qui aura le dernier mot. La loi supprimant le budget des cultes est adoptée par le Grand Conseil le 13 mars 1907 par 60 voix contre 23. La votation populaire (en France on appellerait ça un referendum) a lieu les 29 et 30 juin 1907 et donnera le résultat suivant : 7653 voix pour et 6823 voix contre. La Séparation est donc adoptée par le peuple genevois.
J-N Cuénod se livre ensuite à une analyse détaillée que vous lirez avec le plus grand intérêt sur la situation présente des religions en Suisse (différente de Genève).
Il note que c’est l’Islam qui a eu la plus forte progression de ces 30 dernières années (de 0,26% à 4,26%). La grande majorité des musulmans suisses vient d’Europe (56,4% des musulmans sont originaires de l’Ex-Yougoslavie). 33,04% des suisses sont encore membres de l’église évangélique réformée, mais 41,82% sont catholiques. Mais la baisse cumulée des 2 grandes religions en 30 ans est de 21%. Les “sans religions” avec 15,44% en 2000 sont en hausse notable.
Avec cette particularité : “Il y a, surtout chez les protestants réformés (calvinistes ou presbytériens), une cohabitation possible entre la foi en Dieu et l’anticléricalisme ou la contestation des autorités religieuses établies” (p 127). Une position que je comprends très bien !
Le problème le plus épineux, et le plus actuel est bien celui de l’intégration des musulmans. En Suisse, à Genève comme en France, les coups de boutoirs les plus rudes contre le principe de laïcité viennent principalement de musulmans, souvent radicaux ou qui ont une interprétation stricte de la Sharia, et qui tentent d’imposer leur vision de l’Islam. Plusieurs arrêts (dont certains contradictoires) sont cités. Même en pays Réformé, traditionnellement tolérant et ouvert, le problème des limites se pose. Et c’est l’Islam (à travers le problème des cimetières, de l’alimentation, du foulard, de l’éducation etc…) qui tente aujourd’hui (plus encore que l’église catholique qui a trouvé un modus vivendi) de faire reculer ces limites.
Les questions que posent J-N Cuénod à Genève ont – évidemment – des raisonnances chez nous aussi.
D’où les conclusions que livre l’auteur : 1) Lutter contre les intégrismes et le communautarisme avec un principe simple : “L’Etat ne doit pas tolérer qu’une religion fasse la loi à sa place” (p189). 2) Le régime des religions d’état est nuisible. “En démocratie, il n’appartient pas à l’Etat de donner un sens à l’existence, ni de déléguer cette mission à telles institutions spirituelles de son choix plutôt qu’aux autres qui poursuivent le même but” (p194).
Enfin l’auteur de conclure ” Vers un nouveau souffle laïque” : “L’un des éléments de base d’un régime républicain et démocratique commande de placer la loi commune au dessus des coutumes particulières. A prendre trop de libertés avec ce principe pour complaire aux communautés religieuses – quelles qu’elles soient – un société trahira ce qui constitue l’essence même d’un mode de gouvernement qui, comme le disait Churchill, est le pire des systèmes, mais à l’exclusion de tous les autres!
La laïcité accepte de faire les concessions nécessaires pour que chacun puisse s’intégrer dans la société. Mais elle ne saurait transiger avec la neutralité de l’Etat vis-à-vis de tous les systèmes religieux ou philosophiques.
La laïcité, c’est la tolérance en actes
” (p216)
Comme le dit l’historien Bernard Lescaze dans sa préface : “Au fond, ce livre est très actuel, très contemporain, mais il n’est peut-être pas vraiment à la mode” (p6).

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 14 Octobre 2008 sur le blog de spiritualités

Acheter le livre

Pour le centième anniversaire de la séparation, à Genève, des Eglises et de l’Etat, Jean-Noël Cuénod avait publié en 2007 un livre établissant le bilan de ce siècle de laïcité, livre intitulé Touche pas à mon dieu ! Huit ans après, l’auteur actualise cet ouvrage, car les rapports entre Etat et religions n’ont cessé d’évoluer, pour le meilleur parfois, pour le pire souvent. Il a également élargi son propos sur le plan international et national. Qu’est-ce qu’une communauté religieuse ? Qu’est-ce que la laïcité ? D’où vient-elle ? Où va-t-elle ? C’est à ces questions et à bien d’autres que cette nouvelle édition, largement revue et augmentée, s’efforce de répondre.

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Face aux organisations religieuses, l’Etat doit-il financer, contrôler ou au contraire s’en mêler le moins possible ? Des représentants du monde religieux, culturel et juridique sont réunis pour en débattre.

Qui surveille qui?

Il y a quelques semaines, un coup de tonnerre secouait le ciel habituellement discret de la Grande Mosquée de Genève. Le nouveau directeur décidait le jour même de son entrée en fonction le licenciement de 4 collaborateurs dont le porte-parole de la
Fondation. Au-delà des raisons légitimes ou non, cet épisode révélait au public l’étroite dépendance de la Fondation culturelle islamique de Genève avec l’Arabie Saoudite et la ligue islamique mondiale. C’est en effet cette dernière institution qui a pris la décision de nommer cette nouvelle direction. La question qui ne manque pas de se poser est celle de savoir si une telle procédure ne devrait pas faire l’objet d’une consultation avec, par exemple, un organe de surveillance. Que peut faire et que doit faire l’Etat en matière de contrôle? L’Etat laïc qui a fondé la Suisse en se séparant des Eglises n’a-t-il donc plus aucune tâche en la matière? Est-ce le rôle des cantons? Mais dans un canton qui affiche clairement sa laïcité comme Genève, qui peut avoir un droit de regard? Ces questions rebondissent aujourd’hui de façon plus
générale avec parfois, on commence à la percevoir, une mise en danger de la paix religieuse. La construction des minarets ne vient-elle pas révéler l’impossibilité pour l’Etat de se débarrasser des questions religieuses en les renvoyant purement et
simplement dans la sphère privée?
Le problème peut aussi se poser avec certains nouveaux mouvements religieux susceptibles de représenter un danger pour la population, comme, par exemple, la Scientologie. Là encore, quelle responsabilité faut-il attribuer à l’Etat, aux cantons et aux autres acteurs de la vie religieuse? Des questions qui ne manqueront pas d’alimenter ce débat qui se voudra avant tout constructif et explicatif.

Invités:

  • Ahmed BENANI, anthropologue et historien des religions
  • Elie ELKAIM, avocat, président de la LICRA
  • Jean-Claude BASSET, théologien, spécialiste des minorités religieuses
  • Jean-Blaise FELLAY, Père jésuite
  • Jean-Noël CUENOD, écrivain


Journaliste: Jacques Zanetta
Réalisation: Tiziana Caminada
Production: Daniel Wettstein

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