DIEU(X), modes d’emploi

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L'expérience religieuse aujourd'hui

Une expo sur les religions, gratuite, spécialement adaptée pour Genève…

Cet automne, la cité de Calvin accueille l’exposition Dieu(x), modes d’emploi, un voyage pédagogique et artistique dans l’univers des religions. Une exposition gratuite s’adressant à tous les publics, où dialoguent prestigieuses pièces de musées, humbles objets du quotidien, photos, vidéos, musiques et installations artistiques. Et même une pièce de théâtre.

Une exposition sur les religions qui ne traite ni de théologie ni d’histoire, mais plutôt de la pratique religieuse contemporaine. On y croise les trois religions du Livre (judaïsme, christianisme et islam), les religions asiatiques (bouddhisme, hindouisme, taoïsme) et l’animisme, de l’Afrique à l’Océanie en passant par les Amériques.

A découvrir à Palexpo du 11 octobre 2019 au 19 janvier 2020 !

Article paru dans je journal Le Temps du samedi 12 octobre 2019 Virginie Nussbaum

«Dieu(x), modes d’emploi»: à Palexpo, un pèlerinage au cœur de la foi

Objets de culte, maquettes mais aussi témoignages et pièce de théâtre, l’exposition tout juste inaugurée dans la Halle 7 propose un parcours thématique pour comprendre comment on vit la religion autour du globe. Visuel et inspirant

Habituellement, elle accueille des bolides rugissants, des tyrannosaures menaçants ou des tombeaux pharaoniques. Cette fois, la halle 7 de Palexpo consacre ses vastes espaces à un sujet légèrement plus délicat: la foi.

«Présenter l’expérience religieuse dans ce qu’elle a d’universel et de particulier»: telle est la devise de Dieu(x), modes d’emploi, grande exposition qui entend porter sur le divin un regard à la fois laïque et contemporain. Pas d’explications de texte coranique ou d’histoire biblique ici. Ce sont les pratiques religieuses, concrètes et diverses, qui ont été mises en scène à l’aide d’objets, de photos et vidéos, mais aussi d’œuvres d’art.

Conçue à Bruxelles en 2006 déjà, l’exposition a depuis voyagé à Paris, Québec ou Varsovie. Cette halte de trois mois à Genève, ville internationale et multiconfessionnelle, tombe peu après l’adoption de la nouvelle loi sur la laïcité, «qui précise la cohabitation entre les nombreuses religions pratiquées à Genève», souligne Isabelle Graesslé, théologienne et présidente de l’association qui a co-organisé la venue de l’exposition au bout du lac.

Vierge et chat chinois

Faire cohabiter toutes les religions dans un seul et même espace, afin de mettre en lumière leurs points communs, c’est justement l’objectif de Dieu(x), modes d’emploi. Un parcours thématique scindé en onze chapitres qui explore les divinités, les rites de passage, les cultes ou encore les rapports au corps du christianisme, du bouddhisme, de l’islam, du taoïsme…

A l’entrée, on est accueilli par une icône de Vierge à l’enfantvoisine d’un Ganesh aux fines dorures, d’une figurine de lemanja – déesse de la mer brésilienne – et de Maneki Neko, ce chat à la patte levée qui offre protection et prospérité aux Chinois. Tout au long de l’exposition, les confessions seront placées sur un seul et même plan, et examinées en parallèle.

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 Article paru sur le site Choisir du jeudi 31 octobre 2019 –  Écrit par Amanda (Garcia) Spierings

Dieu(x), modes d’emploi

L’annuelle Semaine des religions, qui invite chacun à la connaissance des croyances et pratiques religieuses des autres, a démarré. Ne serait-ce pas un moment propice pour aller à la découverte de l’exposition Dieu(x), modes d’emploi? Après avoir fait escale dans plusieurs grandes villes d’Europe et du Canada, celle-ci s’est établie à Genève pour quelques mois, dans une version spécialement adaptée pour la ville de Calvin. Son logo –un Rubik’s cube dont les faces sont ornées des symboles de différentes confessions– offre une jolie métaphore de ses enjeux. Il s’agit de faire (re)découvrir les différentes religions dans leurs pratiques et leur foi au quotidien.

À l’origine du projet, il y a la constatation d’une profonde mutation de la vie religieuse en Europe. Les royaumes chrétiens d’antan se sont sécularisés, la religion est devenue affaire privée… jusqu’à ce que la mondialisation et l’immigration réintroduisent le religieux sous des formes nouvelles. L’accent dans Dieu(x), modes d’emploi n’est pas mis sur la théologie ou l’histoire, mais sur la pratique quotidienne qui respire et fait respirer une communauté. Les témoignages d’individus, notamment sur leur vision de l’au-delà, offrent une vision de la foi bien loin des dogmes et des certitudes. Pour les concepteurs de l’exposition, il est urgent que les religions et leurs pratiquants apprennent à vivre ensemble, en paix et en harmonie. Ils font le pari que l’on peut résoudre le Rubik’s cube à travers la découverte de l’autre et la laïcité.

Du Big Bang au monde des faits

Pour entrer dans l’exposition, le visiteur doit repousser un grand rideau noir qui se perd au-dessus de sa tête. Au centre de la première salle, pendu au plafond par une chaîne, orbite le Big Bang de Kader Attia. Un grand amas de miroirs –des étoiles de David et des croissants–, une planète chandelier dans un temple de noirceur. Les reflets des miroirs, déformés, tremblent et dansent aux murs et sur le sol, tandis que la boule tourne paresseusement dans le sens des aiguilles d’une montre. Cette planète, qui aurait pu figurer dans Le petit prince, est une évocation poignante des conflits religieux qui ont ravagé le Moyen Orient. Mais après le chaos, une planète s’est formée. Et elle tourne! L’œuvre suggère la possibilité de la paix, l’espoir de la cohabitation une fois que la poussière des bottes est retombée. Un espoir sans lequel cette exposition n’aurait aucun sens.

Après le Big Bang, le visiteur retrouve le monde des choses et des faits. L’exposition propose de découvrir les religions à travers un parcours thématique (repères, divinités, au-delà, passages, cycles, cultes, lieux, corps, intercesseurs, voix, conflits & coexistence & laïcité). Chacun de ces thèmes permet de montrer à la fois les divergences et les affinités entre les religions. Car toutes les religions ont des rites de passage, une vision de l’au-delà, une musique sacrée –même s’ils s’incarnent différemment selon les traditions.

Article paru dans Le Courrier du Jeudi 5 décembre 2019 Philipps Borgeaud

La religion à l’école

Interpellé par l’utilisation faite par le Département de l’instruction publique de l’exposition «Dieu(x) modes d’emploi», Philippe Borgeaud, professeur d’histoire des religions, revient sur l’abandon du programme «Les Grands Textes» au Cycle d’orientation.
 
GENÈVE 

République éclairée, Genève a la grande chance d’avoir une excellente école publique et laïque. Or on parle sans retenue ces jours-ci, à la radio et à la télévision, d’introduire de la «culture religieuse» à l’école. On oblige des écoliers d’histoire du Cycle à visiter une exposition («Dieu(x) modes d’emploi», à Palexpo) présentée comme une introduction à «l’expérience religieuse» mais qui, explicitement, vise à réintroduire une forme de spiritualité «laïque» dans nos sociétés «en manque de repères». Ce qu’annonce ce discours c’est en fait la métamorphose tendancieuse d’un enseignement qu’il faudrait, avec la plus grande prudence et une circonspection maximale, concevoir à l’écart de toute propagande religieuse. Cette métamorphose se prépare comme en catimini, en se réclamant d’une «laïcité» dont le sens réel est détourné.

Le Département de l’instruction publique (DIP) a décidé d’abandonner, lors du passage de la présidence de Monsieur Charles Beer à celle de Madame Anne Emery-Torracinta, un programme confié aux professeurs d’histoire du Cycle d’orientation et donnant, pour la première fois de manière systématique, des informations de base sur une multiplicité de civilisations et de traditions religieuses (Les Grands Textes). Elaboré en étroite collaboration entre universitaires et enseignants du secondaire, ce programme était accompagné chaque année de deux brochures documentaires destinées respectivement aux élèves et aux enseignants. Il était explicitement et réellement non confessionnel et répondait aux attentes du Plan d’étude romand tout en tenant compte d’une spécificité genevoise, la laïcité précisément. Il abordait la question de la religion sans tabou, mais sans en faire un objet privilégié, la saisissant dans un cadre plus général, celui de l’histoire des idées et des civilisations. Sans consultation préalable d’aucun comité scientifique et pédagogique, le DIP a décidé de substituer à cet enseignement, qui était certainement dans les cordes d’un professeur d’histoire, un nouveau programme centré directement, lui, sur «les religions».

Il est donc attendu d’un professeur d’histoire générale qu’il maîtrise les difficultés d’un enseignement spécifique sur «les religions». Il s’agit là d’un domaine où les convictions personnelles risquent très vite d’investir la diffusion du savoir. C’est très vraisemblablement ce qui va arriver à Genève, dans le cadre des cours d’histoire, si l’on abandonne la perspective culturelle, celle d’une histoire des idées et des civilisations. La plupart des professeurs d’histoire ne sont pas formés pour un enseignement «sur les ­religions».

A supposer qu’il faille persévérer dans cette voie, il serait pour le moins souhaitable de confier cet enseignement à des historiens qui soient réellement préparés pour cela, de manière sérieuse, et non pas à coup d’une ou deux demi-journées facultatives de formation continue (non obligatoire).

Pour assurer un enseignement rigoureux sur les religions, il conviendrait de faire appel à des enseignant-e-s compétent-e-s, formé-e-s dans un cadre académique éloigné de toute approche théologienne ou apologétique. C’est là quelque chose qui est tout simplement de l’ordre de l’évidence, mais qui ne semble pas envisagé.

Il existe à l’Université de Genève, en Faculté des Lettres, une Unité d’anthropologie et d’histoire des religions, héritage de la plus ancienne chaire d’histoire des religions au monde. On y forme de nombreux étudiants. De telles formations universitaires existent aussi à Lausanne, comme à Fribourg, Berne et Zurich. Les enseignants qu’il faudrait sont donc bel et bien là. Mais on ne fait pas appel à leurs compétences.

Il suffirait de reconnaître les historiens des religions au même titre que les diplômés en histoire ou, à défaut, de confier les cours sur la religion à des historiens qui auraient suivi au moins pendant deux ans une formation d’histoire des religions dans le cadre de leurs études universitaires. Il faudrait aussi créer une formation pédagogique ad hoc, comme il en existe pour toutes les autres disciplines enseignées au secondaire. Une telle formation pédagogique existe d’ailleurs, remarquons-le, à Lausanne.

Est-il vraiment impossible de faire appel à un peu de bon sens et de bonne volonté? Car le risque existe bel et bien de laisser s’introduire, par indifférence au danger, de la croyance et de la religion à l’école. Ce qui est souhaitable – et conforme à la constitution genevoise – c’est un savoir sur les religions, et non pas un enseignement de «culture religieuse». On ne confie pas l’enseignement de l’astronomie à des astrologues…

Ou alors ne faudrait-il pas tout simplement laisser les religions où elles sont, hors l’école, sous le contrôle de la loi? La question reste posée.

Notre invité est ancien membre de la commission du Conseil d’Etat sur la laïcité, ancien membre du comité créateur des Grands Textes, prof. honoraire d’histoire des religions de l’Université de Genève.

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