Rapport d’activité 2010-2011

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1er septembre 2010 – 31 août 2011 – Groupe citoyen culture religieuse et humaniste à l’école laïque 

Préambule

A l’origine et au cœur de l’action de notre Groupe : intégrer la connaissance du fait religieux dans l’instruction publique pour contribuer durablement à l’harmonie sociale. C’est pourquoi nous nous réjouissons de constater que cette année scolaire 2010-2011 a vu d’importantes évolutions s’opérer dans le domaine de l’enseignement du fait religieux. Le Plan d’études romand (PER) a fait son arrivée sur les bureaux des enseignants et des partenaires du DIP, pour une mise en œuvre dès fin août 2011. Notre Groupe a eu le plaisir d’observer que le fait religieux est explicitement mentionné dans ce plan d’études. D’autres cantons enseignent la discipline « Ethique et cultures religieuses » avec une dotation horaire. Genève a choisi une autre voie ; il n’en sera pas moins astreint à traiter le sujet. Le fait religieux sera enseigné dans le cadre de la discipline Sciences humaines et sociales et dans le domaine Formation générale.
A partir de la rentrée 2011, les élèves genevois du Cycle d’orientation étudieront les Grands textes. Il s’agit d’un développement cantonal du PER. Le DIP précise que « cet enseignement se concentre sur certains Grands Textes. Il repose sur un choix de textes religieux ou non qui autorisent un questionnement de systèmes de pensées différents, un questionnement adapté aux élèves de 12 à 15 ans et à leur diversité culturelle ».
Ces étapes marquantes, fruit des travaux du DIP que nous avons à cœur d’observer et d’encourager, ne nous font pas oublier les obstacles qui jalonnent la route : la question de la formation des enseignants reste primordiale, l’explication de ce qu’est la laïcité engagée telle que le DIP la définit dans ses 13 priorités reste nécessaire, la mise en commun des efforts des citoyens pour accompagner l’école vers une meilleure place offerte à l’enseignement du fait religieux reste indispensable. Notre Groupe est donc à la fois réjoui par les avancées du projet et attentif à sa mise en œuvre dans toutes les classes du canton.

Séances et évolution du Groupe citoyen

Le groupe a tenu 10 séances pendant cette année scolaire. Nous avons, de plus, mis sur pied une rencontre d’une demi-journée en mars afin de faire le point à mi-chemin du projet. En comparant les objectifs du projet « 2009-2012, trois ans pour réussir [1] » et l’état de la situation, nous pouvons conclure que nous respectons le cadre que nous nous étions fixé.
Grâce à l’appui de la fondation Hans Wilsdorf, le Groupe bénéficie du travail d’une coordinatrice (70%) jusqu’en août 2012. Marie-Jeanne Nerfin a la responsabilité de rencontrer des enseignants et toute personne intéressée par l’enseignement du fait religieux :

  • de proposer des séquences pédagogiques et d’animer des ateliers sur le terrain
  • d’organiser les séances du Groupe
  • de suivre les dossiers
  • de rassembler de la documentation
  • de tenir à jour et d’enrichir notre site Internet

Elle travaille en collaboration avec les autres membres du Groupe citoyen : Patrick Schmied (président), Catherine Baud, Roland Benz, Michèle Bolsterli, François Bolsterli, Karel Bosko, Jean-Claude Brès, Walo Hutmacher, Sarah Kontos, Henri Nerfin, Vesca Olsommer, Damien Pattaroni, Christiane Perregaux.
Notre objectif global : « que l’enseignement genevois vise une formation des élèves aux faits religieux et aux questions qu’ils soulèvent dans l’histoire et dans l’actualité». (Déclaration publique du groupe citoyen, printemps 2006)
Comme l’an dernier, c’est l’association Valeurs et Projets qui assure l’infrastructure administrative du Groupe citoyen. Son président est François Bolsterli.
Dans un esprit positif de responsabilité citoyenne, le Groupe est particulièrement attentif à la mise en place de la réponse du Conseil d’Etat. On se souvient en effet que, répondant à la motion 1079 des Verts en 1996, le Conseil d’Etat avait demandé au DIP, en septembre 2006, de prendre des mesures, notamment en termes de formation, pour encourager et aider les enseignants à intégrer le fait religieux dans leur enseignement.

[1] cf. rapport d’activités 2009-2010, p.12

Formation des enseignants

– Enseignement primaire / FAPSE : Lors de notre rencontre avec les enseignants du 15 octobre, nous avons écouté deux formatrices de la FPSE (licence mention enseignement) ; nous avons pu échanger des informations sur la place de l’enseignement du fait religieux à l’école primaire. Des possibilités de collaboration ont été évoquées, par exemple une table ronde, matinée ou journée sur l’enseignement du fait religieux avec des étudiant-e-s. Une intervention autour de l’Escalade, est esquissée pour décembre 2011 à l’intention des formateurs (il s’agit de la co-formation avec les enseignants qui encadrent les stagiaires).

Cette rencontre démontre que des discussions touchant à l’enseignement du fait religieux sont tout à fait pertinentes et nécessaires pour la formation initiale. En première année de la formation en enseignement primaire, on trouve un module sur les approches transversales qui touche 5 domaines principaux : relations école
– famille, culture – altérité – diversité, métier d’élève et sens du travail scolaire, organisation du travail enseignant, relations intersubjectives et désir d’apprendre. On voit bien que notre sujet pourrait trouver sa place dans le domaine « Culture – altérité – diversité ».
Par ailleurs, nous avons rencontré deux étudiantes en sciences de l’éducation qui effectuaient leur mémoire sur l’enseignement des faits religieux à l’école primaire. Selon leur analyse, « les enseignants interviewés s’accordent pour dire qu’un enseignement du fait religieux a sa place dans une école laïque. Mais ce n’est pas
pour autant qu’ils abordent les faits religieux en classe ». (Céline Alvarez, Marguerite de l’Espée, « Les religions à l’école : pourquoi pas ? », mémoire réalisé en vue de l’obtention de la licence en Sciences de l’éducation, Genève, juin 2010, p. 99. – archive UNIGE)

Formation continue

Ecoles privées genevoises : Le séminaire « Pollens pédagogiques » s’adressait à 1300 enseignants ( Tribune du 08.04.2011) . Il s’est déroulé le 8 avril dans 5 campus (Ecole Internationale – Collège du Léman – Institut Florimont – Institut International de Lancy et Ecole Moser). Parmi les nombreux ateliers proposés, quatre étaient animés par des membres du Groupe citoyen :

Bilan : une vingtaine de participants par atelier, un vif intérêt, et le souhait que soit proposé un suivi. Dans cet esprit, Jean-Claude Brès, directeur de l’Institut de Formation Pédagogique (IFP), propose au programme 2011-2012 une formation sur les bases du travail fait pour le 8 avril. L’IFP publie cette offre de formation sur son site et informe toutes les écoles. Un établissement intéressé par une formation peut solliciter les animateurs ; la mise en réseau permet ensuite aux enseignants de toutes les écoles privées de suivre cette formation. Nous sommes réjouis d’apprendre que l’institut Notre-Dame du Lac a annoncé son intérêt pour une formation sur “le fait religieux”.
Ecole publique : Nous avons remarqué que l’offre du DIP de formation continue s’étoffe dans le domaine qui nous intéresse puisqu’il y a eu cette année 9 séminaires sur le fait religieux – dont deux, CO 00204 et CO 00209, sur le Livre Unique de Français 9e qui contient un intéressant chapitre de 30 pages sur la Bible. Parmi cette offre, Roland Benz a été chargé par le DIP d’organiser les séminaires suivants, qui ont permis d’écouter des intervenants de grande compétence :

  • Les 15 et 16 février : Le fait religieux II : les religions au risque de la psychanalyse
  • Les 22 et 23 mars : Identité multiple dans la construction de la personne (séminaire pensé dans le prolongement d’un colloque de l’UNESCO sur le même thème).

Nous mentionnions l’an dernier que depuis la décision de 2006, l’offre de formation continue du DIP ne s’était pas intensifiée jusqu’en 2009, mais que la situation changeait ensuite ; nous nous réjouissons de cet enrichissement.

Contacts avec les enseignants

Le Groupe citoyen tient fondamentalement à entretenir des contacts avec les enseignants (qui sont aussi des citoyens !). Ainsi, il se tient au courant de ce qui se fait et ce qui ne se fait pas sur le terrain en matière d’enseignement du fait religieux; il peut aussi repérer les différences éventuelles entre les décisions de l’autorité et l’application dans les classes afin de réfléchir à la meilleure manière d’encourager les enseignants à traiter de ce sujet.

Groupe d’enseignants «Noël à l’école laïque»

Il s’agit d’un groupe d’enseignants (principalement du primaire) qui se réunit depuis 5 ans pour parler des différentes façons d’aborder le fait religieux en classe, et notamment d’analyser la manière dont la fête de Noël est présentée aux élèves. Cette fête se trouve, en effet, à la confluence de la religion, de la culture et des traditions.
Ce groupe s’est réuni à trois reprises pendant l’année scolaire 2010-2011.

En octobre, nous avons eu un échange avec deux chargées d’enseignement à la FAPSE. Construire une attitude avec les futur-e-s enseignant-e-s (apprendre à aborder ce thème d’une manière appropriée) est un vaste champ à cultiver au cours de ces prochaines années, compte tenu du fait que l’enseignement du fait religieux pourrait entrer en parfaite cohérence avec les approches transversales (lire plus haut “Formation continue”)
En mars, une enseignante a présenté un travail sur la loi (sens de la loi et son évolution à travers l’histoire), reflets d’un cours qu’elle a donné en classes spécialisées avec des 9-13 ans. Par ailleurs, Marie-Jeanne Nerfin a présenté une synthèse des remarques récurrentes entendues au cours d’entretiens individuels qu’elle a eus avec des enseignants autour des questions suivantes (Rapport à disposition sur simple demande) :

  • Quels sont vos besoins en formation, à titre personnel, pour pouvoir transmettre le fait religieux ? D’après vous, que devrait contenir une formation pour les enseignants?
  • Et dans quel cadre?
  • Quelles expériences de formation avez-vous déjà vécues?

En mai, nous avons parlé de la place de l’enseignement du fait religieux dans le Plan d’études romand (PER). Cette innovation qui sera introduite en septembre 2011 suscite en effet un certain nombre de questions. Les enseignants présents ont pu partager leurs pratiques, besoins, motivations et expériences. La coordinatrice a ensuite proposé des moyens pédagogiques, et distribué une bibliographie commentée (lire plus bas “Ethnopoly”).

Entretiens avec des enseignants

Divers entretiens au cours de l’été 2010 ont permis à Marie-Jeanne Nerfin de rencontrer des enseignants du Collège, du C.O. et du primaire. L’impression qui se dégage : c’est au primaire que les manques sont les plus importants en termes d’enseignement du fait religieux. La formation des enseignants est jugée incomplète, il existe davantage de possibilités d’éviter le sujet… c’est bien là que nos efforts de soutien et de contact devraient se concentrer. Analyse partagée par Janine Hagmann, personne-ressource de notre Groupe, rencontrée également pour un entretien.

« Historiens du Foron »

Le groupe d’enseignants du Foron, dont nous suivions les activités avec intérêt, n’est plus actif depuis cette année ; ses deux responsables ont changé d’établissement. Nous espérons que les projets dont ils avaient parlé lors de la conférence-débat d’avril 2009 (séquences sur le fait religieux) seront utiles à d’autres enseignants.

Mise à disposition de documentation et de matériel pédagogique

L’enseignement du fait religieux est un thème qui se développe dans plusieurs pays. Il est donc important que nous rendions accessible pour Genève des documents extrêmement stimulants qui viennent d’ici ou d’ailleurs. Les ouvrages suivants ont été recensés par la coordinatrice. Ils peuvent être regroupés en trois catégories (notes de lecture consultables sur le site internet) :

Séquences prêtes à l’emploi pour les enseignants :

Documents de référence sur la laïcité :

Ouvrages de réflexion sur l’enseignement du fait religieux :

A noter : des contacts ont été noués avec deux représentants de maisons d’édition, Nathan et Bayard, qui nous ont offert les ouvrages suivants :

Les livres qui nous semblent pertinents pour notre propos ont recensés sur notre site.

Une séquence pédagogique sur l’histoire du Jeûne genevois, rédigée par la coordinatrice, a été mise en ligne sur notre site.

On se souvient que nous avons introduit l’an dernier un système d’attributs pour faciliter la recherche sur notre site Internet. Cette année, dix nouveaux attributs viennent enrichir la recherche avancée : religion grecque, religion égyptienne, Mésopotamie, taoïsme, mathématiques, chimie, biologie, physique, anglais, allemand.

Jeu de l’Escalade Sur la base de l’ouvrage « Comprendre l’Escalade », Marie-Jeanne Nerfin a créé un jeu de l’oie pour découvrir l’histoire avant l’Escalade. Ce voyage interactif dans le temps permet (si tout va bien !) d’arriver le 16 décembre 1602 dans la cité de Genève… Réactions très positives à ce jeu, et suggestions intéressantes de révisions à prévoir. 

Graines de paix Cette ONG d’éducation à la paix conçoit et développe des outils innovants pour enseigner et promouvoir les compétences humaines qui contribuent à une culture de paix, c’est-à-dire à un mieux-vivre ensemble dans les relations interpersonnelles, interculturelles, citoyennes et géopolitiques. Sa présidente, Delia Mamon, nous a proposé un partenariat pour rédiger quelques fiches sur le thème du fait religieux dans le manuel d’éducation à la paix. Des collaborations pourraient être envisagées.

Partenariats

Ethnopoly 2

Lors de la deuxième édition d’Ethnopoly à Meyrin, le 20 mai, la coordinatrice a de nouveau tenu un poste sur l’architecture religieuse. 8 groupes d’enfants, curieux et intéressés, se sont présentés. Retenons deux questions en particulier : Dieu, avant ou après les dinosaures ? Jésus, juif ou chrétien ? On note le manque de connaissances sur le judaïsme. D’où l’intérêt de promouvoir l’enseignement du fait religieux au primaire : si le premier contact des élèves avec le judaïsme en général ne se fait que lors d’un cours d’histoire sur le point particulier de la Shoah, c’est évidemment regrettable. Cet exemple révèle les lacunes que nous souhaiterions voir comblées. Des anecdotes amusantes reflètent également d’autres manques de connaissances (les protestants et les capricornes vont à la cathédrale ; les musulmans vont à la Moscou) et montrent bien, au-delà du sourire, que les représentations mentales des élèves de 5P sont facilement fantaisistes quand elles ne se basent pas sur un accès concret aux contenus ; capricorne a aussi peu de sens que catholique, Moscou aussi peu que mosquée, tant que ces mots n’ont pas été explicités par un lien avec ce que l’enfant connaît déjà.
Marie-Jeanne Nerfin a contacté deux conseillers municipaux de Thônex pour proposer Ethnopoly dans cette commune.

On se souvient que le Groupe citoyen avait proposé à Charles Beer (président du Département de l’Instruction Publique), en octobre 2008, de créer un groupe dont le mandat s’inspirerait des recommandations du Rapport Hutmacher [11]. Ce groupe [12] a commencé ses travaux le 30 novembre 2009.
Le mandat de ce groupe est consultable sur notre site internet. La présidence du Groupe interdisciplinaire est maintenant assurée par Madame Marianne Frischknecht, secrétaire générale du DIP. 3 rencontres ont eu lieu pendant cette année scolaire.

PER (Plan d’études romand)

Partenaires du DIP, nous avons reçu en décembre la version définitive du PER et en avons fait une lecture approfondie. L’enseignement du fait religieux est évoqué dans la discipline Sciences humaines et sociales (SHS 12, 22, 32) et dans le domaine Formation générale (FG 14-15-18, 25-24, 35-32). Marie-Jeanne et Henri Nerfin ont rencontré Frédéric Wittwer, responsable genevois du PER, le 1er mars pour mieux comprendre le contenu et les enjeux de ce plan.
En collaboration avec le Centre œcuménique de catéchèse, nous avons animé en juin deux séances d’information sur le fait religieux dans le PER à l’intention d’un public engagé dans la catéchèse. Il est en effet important de bien saisir la complémentarité potentielle de « l’offre de savoir » de l’école et de la « proposition de foi » des Eglises, comme l’avait bien montré Régis Debray [13]. Nous avons notamment pu évoquer le contenu de la brochure « Grands Textes – 9e » qui sera utilisée dès septembre 2011 au cycle d’orientation.

Grands textes au CO

Au printemps 2011, la revue du DIP « Les Clés de l’école » annonçait l’introduction, dès la rentrée 2011, de l’étude des Grands textes au CO, sur la base de trois brochures. Nous avons reçu plus d’informations en mai, notamment sur le choix des textes : pour la 9e (élèves de 12-13 ans) : Bible (Genèse), Traditions mésopotamiennes, Egypte, Mythes amérindiens, Monde grec (Homère, Hésiode), Monde latin (Virgile, Ovide), Lien avec la géographie (Cosmographie), les sciences et avec une exploitation de l’iconographie. Nous avons publié le 24 mai un communiqué de presse saluant cette décision dans laquelle nous voyons une avancée significative.
D’autre part, nous apprenons avec plaisir que l’enseignement des Grands textes au CO trouvera son écho au primaire :
Walo Hutmacher a été invité en juin par le DIP à une séance de préparation à ce sujet. Aux cycles 1 et 2 (c’est-à-dire pour les élèves de 4 à 12 ans), il y aura des activités proposées, notamment un carnet de visite de la cathédrale SaintPierre. Une formation continue sur l’utilisation du Panorama des religions [14] est prévue.

[11]  Rapport du groupe de travail exploratoire sur la culture judéo-chrétienne à l’école, sous la direction de Walo Hutmacher, SRED, mars 1999
[12] Composition du Groupe interdisciplinaire : Mesdames Andenmatten, Baud, Beni Khouri, Durisch Gauthier, Nicolazzi, Scheidegger, Vuillemin ; Messieurs Borgeaud, Hess, Hutmacher, Nerfin, Petitpierre, Wastiau. Trois membres du Groupe citoyen font donc partie de cette instance de concertation.
[13] R. Debray, L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque, O. Jacob / Sceren 2002, p. 23
[14]  Éditions Enbiro, Lausanne, et Plateforme interreligieuse, Genève

Formation, travaux de réflexion du Groupe

Constituante

Le mouvement de réflexion citoyenne que suscite ce processus nous a poussés à nous intéresser de près à différentes phases des travaux de l’Assemblée constituante :
En janvier, Henri Nerfin a assisté à la présentation de l’avant-projet de la Constituante par Murat Julian Alder à l’Espace Fusterie.
En février, Sarah Kontos et Henri Nerfin sont allés à la rencontre des constituants dans le fameux bus rouge à impériale qui sillonnait le canton. Plusieurs membres du Groupe ont participé aux soirées rencontres dans les communes. Une préconsultation a été mise sur pied, sous forme de questionnaire, auprès de 500 groupements dont le Groupe citoyen.
En mars, nous avons répondu à ce questionnaire (la consultation a reçu 2062 réponses individuelles et collectives). Notre prise de position est disponible en ligne sur notre site, ainsi que sur le site de la FAGE (Fédération associative genevoise). Nous nous sommes exprimés sur le préambule, sur l’article 3 (Laïcité) et sur l’article 177 (Enseignement).
En juillet, nous avons lu les deux rapports de synthèse sur la consultation, puis envoyé un courrier aux 110 organismes qui se sont exprimés sur des sujets proches de ceux qui nous intéressent. Manière de proposer, de citoyens à citoyens, un échange de vues sur la laïcité et sur l’enseignement.
Le thème de la laïcité a fait ces dernières années l’objet d’une approche renouvelée ; Blandine Kriegel en a donné une formulation particulièrement intéressante dans ce sens qu’elle ne la décrit pas comme une négation du fait religieux, mais comme son intégration : « La laïcité n’est pas un principe antinomique, un principe contraire à la religion ou aux droits de l’homme. Le rôle de la République n’est pas de se substituer à une pluralité d’approches qui relie les individus à des cultures, à des conceptions du monde et du divin, mais de les respecter et de les faire se respecter, de leur permettre de coexister, de communiquer et de dialoguer les uns avec les autres » (B. Kriegel, La laïcité et l’intégration en France). Cette citation nous permettait de préciser notre position, exprimée avec d’autres références dans le dépliant « Laïcité & enseignement du fait religieux » qui était joint à ce courrier.

A propos des grands textes : Noël autrement

On parle beaucoup de « grands textes » ; une interpellation urgente a même été lancée à ce sujet au Grand Conseil en avril 2010 [ IU 931]. Mais comment choisir un grand texte ? Ce qui est grand texte pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre ; il convient donc de préciser, par recoupements successifs, quels sont les textes qui pourraient faire l’objet d’un consensus. Dans le cadre de cette réflexion, une question a surgi : Et si Noël, avec ses réunions (famille, amis, groupements, etc.) était l’occasion de partager les « grands textes », religieux ou non, qui expriment nos convictions personnelles ? La lecture de l’ouvrage « L’homme et le divin. Aborder les religions par les textes [Jean Grand, Laurence Mellerin. L’homme et le divin, aborder les religions par les textes. CRDP Franche-Comté /DDB, 2001] », qui montre bien l’intérêt de découvrir des grands textes exprimant des convictions, a été très stimulante. A l’occasion des fêtes de Noël,
nous avons donc lancé la question : « Quel est le texte qui exprime ma conviction » ? Nous souhaitions proposer un Noël autrement. Il nous semblait intéressant, partant du constat que les familles constituent un milieu varié où se retrouvent des
convictions religieuses de différents types ainsi que des convictions non religieuses, de chercher une manière d’être accueillants à la différence et attentifs à l’expression des valeurs de chacun ? Nous avons créé un site Internet provisoire regroupant des textes de différents horizons pour ce projet de dimension expérimentale.

A vous de jouer ! Ethique et valeurs en action

En décembre, nous avons invité Maurice Graber, secrétaire général de la Fondation « Ethique et Valeurs », à venir nous parler du programme « A vous de jouer ! ». Ce programme, préparé en collaboration avec le DIP, a pour but d’offrir aux élèves la possibilité de découvrir le sens et la pertinence des valeurs de liberté et de responsabilité, de respect et de solidarité, au travers d’une réflexion éthique et d’un engagement citoyen. Destiné aux élèves des deux dernières années de l’enseignement post-obligatoire, le programme sera lancé en septembre 2011 et comprendra 3 volets complémentaires. 

Et ailleurs ?

Frédéric Lenoir, Le Christ philosophe 

Frédéric Lenoir [19] a donné en mars à Crêt-Bérard (Vaud) une conférence à laquelle trois membres du Groupe citoyen ont assisté avec enthousiasme. Occasion de réfléchir aux rapports entre la religion chrétienne et le message du Christ, de se pencher sur le processus de sécularisation de ce message. Un séminaire de trois heures au lendemain de la conférence nous a permis de bénéficier de l’intelligence et de la culture de Frédéric Lenoir, habile à réfléchir comme à dialoguer.

Mythe, rite, surnaturel :

des concepts pour enseigner les faits religieux Nicole Durisch-Gauthier, didacticienne de l’histoire et sciences des religions à la HEP Vaud (Haute école pédagogique), et membre du Groupe interdisciplinaire du DIP, a organisé ce colloque en avril dans le cadre de son institution, colloque dont le but était d’explorer le potentiel didactique que les concepts revêtent pour l’école. Nous y avons été invités ; nous avons pu suivre plusieurs conférences de grande qualité et participer à des ateliers passionnants [21]. Le thème de la conceptualisation chez l’enfant nous a semblé particulièrement nouveau et prometteur. Il est essentiel de le prendre désormais en compte dans le cadre de l’enseignement du fait religieux. Nous avons été vivement intéressés par l’exposé de Dominique Borne [22], « partir des récits primordiaux pour enseigner mythes et croyances ». Convaincus de l’utilité que cette approche peut avoir pour les enseignant-e-s, nous inviterons Monsieur Borne à animer une demi-journée de formation à Genève le 19 octobre 2011.

Nous avons signalé dans ce rapport que le sujet « fait religieux » évolue dans de nombreux pays. La Suisse n’est pas en reste : chez nos voisins romands, nous avons remarqué les avancées suivantes :

Jura. Une brochure pour les parents d’élèves. Le Département de la Formation, de la Culture et des Sports a adressé à tous les parents d’élèves une plaquette de présentation « Histoire des religions – cadre et moyens d’enseignement », avec une préface de Mme Baume-Schneider, cheffe du Département.

Neuchâtel. Brochure et prospectus d’information pour un large public. L’enseignement des cultures religieuses et humanistes reste un thème très sensible et délicat suscitant de nombreuses questions et appelant à une vigilance particulière. Afin de rendre visible la réflexion et le travail important effectué dans ce domaine, le
Service de l’enseignement obligatoire a réalisé une brochure et un prospectus d’information destinés à un large public. Ces documents résument les étapes du travail et décrivent les objectifs et les contenus relatifs à l’enseignement des cultures religieuses et humanistes dans la scolarité obligatoire. Ils ont été adressés, à la rentrée 2010, aux directions des écoles secondaires 1 et aux enseignants d’histoire.

Fribourg. Mémento « Diversité religieuse et culturelle à l’école ». Ce canton a publié des recommandations à l’usage du corps enseignant et des autorités scolaires. Il répond au besoin de pouvoir disposer d’un document de référence en matière d’accueil et d’intégration d’enfants migrants ainsi que de gestion de la diversité religieuse et culturelle dans le cadre scolaire, besoin exprimé par de nombreux enseignant-e-s et commissions scolaires.

Nous avons pris contact avec Mme I. Chassot, Conseillère d’Etat et Directrice de l’instruction publique, de la culture et du sport de ce canton, pour prendre acte de cette publication et lui transmettre notre dépliant « Laïcité & enseignement du fait religieux »). Elle nous a remerciés en ces termes : Les informations contenues
dans ce document, qui s’inscrit dans un contexte différent de celui du canton de Fribourg, témoignent du même souci d’informer, de sensibiliser et d’expliquer. La diversité culturelle et religieuse que nous connaissons dans nos établissements scolaires constitue un défi important mais passionnant. Et Jean Delumeau, que vous citez, a raison d’affirmer que « l’amnésie du fait religieux constitue un danger », que l’école doit combattre par un enseignement de qualité.

PNR 58. Le programme national de recherche sur les collectivités religieuses, l’Etat et la société s’est penché cette année sur l’enseignement du fait religieux en Suisse. Selon le groupe de recherche, « pour introduire sans heurt dans l’enseignement régulier des cours sur les religions pilotés par l’Etat, il faut que ceux-ci répondent à un profil clairement défini et soient donnés par des enseignants formés à cette fin ».

Parlement fédéral des jeunes. Deux pétitions. (Session des 20 et 21 novembre 2010 à Berne). Deux pétitions ont été acceptées sur le sujet « Ecole et religion » : l’une demande le remplacement des cours de religion actuels par une branche obligatoire qui comprenne notamment des questions éthiques, l’autre demande à la CDIP (Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’Instruction publique) de mettre en place un programme de sensibilisation et d’information des jeunes aux questions religieuses, programme basé sur une approche multiculturelle et sur le dialogue entre les religions.

[19] Frédéric Lenoir, Le Christ philosophe, Plon 2007 / Points 2009 Philosophe et historien des religions, rédacteur en chef du magazine Le Monde des Religions producteur sur France-Culture de l’émission Les Racines du ciel, auteur d’une trentaine d’ouvrages. Ses ouvrages sont actuellement traduits dans vingt-cinq langues.
[21] Contenus disponibles sous Mytheblog 
[22] Historien, président de l’IESR (Institut européen en sciences des religions), directeur de la collection « Récits primordiaux ». Auteur d’ouvrages sur la France au XXe siècle, sur les problèmes éducatifs, ses travaux sur la laïcité et l’enseignement des faits religieux font autorité. 

Conclusion

Dépliant

« Laïcité & enseignement du fait religieux » : Nous avons pour l’instant diffusé environ un tiers des 10’000 dépliants imprimés au printemps 2010.
Nous avons diffusé le dépliant aux paroisses catholiques et protestantes de Genève. Cela a suscité de l’intérêt du côté protestant ; ainsi, Roland Benz et Henri Nerfin ont été invités à la Compagnie des pasteurs en septembre ; la paroisse de Versoix a
convié Patrick Schmied, Henri et Marie-Jeanne Nerfin à animer l’un de ses « cafés théologiques » ; la paroisse du Petit-Lancy a demandé à Marie-Jeanne et Henri Nerfin de présenter les activités du Groupe citoyen en octobre.

Site Internet :

Il a reçu en tout 72’024 visites à fin août 2011. Nouveautés : il est désormais possible de commander des dépliants en ligne. D’autre part, la page d’accueil présente de manière bien visible quelles sont les publications les plus récentes sur notre site.

News :

Cette lettre de nouvelles (une page) a pour but d’entretenir le contact et de montrer régulièrement l’évolution de la situation. Elle est envoyée aux sympathisants mais aussi, plus largement, à toute personne pouvant être intéressée par le sujet. Les trois envois (octobre 2010, janvier et juin 2011) ont été adressés à environ 640 personnes.

Sympathisants :

La liste des sympathisants a été ouverte en mars 2009 ; 197 personnes étaient inscrites en septembre 2010, et 247 en août 2011.

Media

Facebook : création d’une page pour notre Groupe, avec des informations sur nos activités.
Presse : l’ouvrage Le fait religieux et son enseignement a fait l’objet d’une recension par la coordinatrice pour la revue culturelle Choisir de septembre 2010. D’autre part, en réaction à notre communiqué de presse au sujet des Grands textes, Choisir a demandé à la coordinatrice d’écrire un article pour leur numéro de juillet, ainsi
qu’un article plus long pour leur site.

Le projet intitulé « A l’occasion de 10 ans d’activité citoyenne, 2002 – 2012 », présenté à la fondation Hans Wilsdorf en avril 2009 pour solliciter son aide financière, disait dans son introduction :

  • Le Groupe citoyen s’est engagé à veiller de façon bienveillante et critique à l’application de cette déclaration issue du processus parlementaire (réponse du Conseil d’Etat à la motion 1079 du 22 septembre 2006 au Grand Conseil). Par ailleurs, il tient à faire connaître et développer les résultats de ses propres recherches.
  • Il s’agit donc de densifier l’activité du Groupe pour qu’il puisse assumer son rôle de partenaire du DIP. En mettant le résultat de ses activités à la disposition de ce dernier (qui doit assumer de très nombreuses tâches), le Groupe citoyen lui simplifiera le travail. Ainsi, la mise en place de l’enseignement du fait religieux et humaniste – dont on parle depuis si longtemps – dans le cadre habituel de l’enseignement deviendra réalité. Ce sera une contribution originale au « vivre ensemble » de la société genevoise à l’occasion des dix ans d’activité du Groupe citoyen.

Cette année 2010-2011, marquée par des avancées significatives dans l’engagement du DIP pour l’enseignement du fait religieux, est aussi une année de défis. C’est le début d’un immense chantier dans la réalisation de documents, la formation des enseignants et l’évolution d’un état d’esprit dans la population.
Nous avons senti en permanence l’importance de la communication, de l’information, de la sensibilisation autour du thème de l’enseignement du fait religieux dans le respect de la laïcité (laïcité de reconnaissance et non de méconnaissance). Nos activités de cette année ont donc été marquées par cet effort d’explication, qui passe le plus souvent par des contacts personnels. Il nous faut continuer dans ce sens.
Maintenant, le feu passe au vert, avec la mention explicite de la place du fait religieux dans le nouveau Plan d’études romand.
Une partie essentielle et délicate s’engage donc : c’est une grande nouveauté pour Genève que d’aborder cet enseignement. Sa mise en application requiert à l’évidence une somme de connaissances et un capital de confiance ; nous osons croire que le Groupe citoyen peut y contribuer. Le réseau de relations patiemment tissé au cours de cette décennie sera certainement un atout précieux pour cet enseignement particulier. Il est évident que la formation des enseignants reste un axe déterminant pour sa réussite. Nous souhaitons donc continuer à repérer et à stimuler les expériences-pilotes afin de trouver, recueillir et partager les meilleures idées. Enfin, nous poursuivons nos efforts pour une visibilité croissante, afin que la laïcité ne soit plus une justification au silence (laïcité n’est pas laï-cécité !), et que les élèves de Genève puissent bénéficier de meilleures connaissances sur le fait religieux (comme le demandait la motion 1079 de 1996), afin de mieux développer des compétences pour leur vie présente et future dans une société multiculturelle riche en différences à découvrir et à comprendre.
En route vers son dixième anniversaire, le Groupe citoyen continuera à concentrer son énergie pour soutenir activement les recommandations du rapport Hutmacher (1999), entretenir la réflexion, récolter de la documentation et sensibiliser la population.
Le Groupe citoyen exprime sa profonde gratitude à la Fondation Hans Wilsdorf qui a généreusement mis les moyens financiers à disposition pour l’engagement d’une coordinatrice pendant trois ans

Patrick Schmied, président
Marie-Jeanne Nerfin, coordinatrice
5 octobre 2011

Fondation Hans Wilsdorf
Valeurs et Projets
M. Charles Beer, président du Département de l’Instruction Publique
Toute personne concernée ou intéressée

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