Prospectus printemps 2008

Groupe citoyen

Culture religieuse et humaniste à l’école laïque

www.ecolelaique-religions.org 

 

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Conférence-débat : « Quel avenir pour la laïcité à Genève ? »

Vendredi 29 juin, de 18h30 à 20h., au Temple de la Fusterie 

Entrée libre

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En Europe

 

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En France , le principe de laïcité en matière religieuse est au fondement du système éducatif public depuis 1882, quand la loi instaurait l’obligation d’instruction et la laïcité des personnels et des programmes. L’importance de la laïcité dans les valeurs scolaires républicaines a été accentuée par la loi du 9 décembre 1905 instaurant la laïcité de l’Etat. Le respect des croyances des élèves et de leurs parents implique : l’absence d’instruction religieuse dans les programmes, la laïcité du personnel, l’interdiction du prosélytisme.

Mais la question du statut du religieux est en discussion. Ainsi, en février 2002 est paru le rapport sur “ L’enseignement du fait religieux dans l’École laïque ” que le Ministre de l’Education avait demandé à Régis Debray. L’auteur y souligne d’abord que ”l’opinion française, dans sa majorité, approuve l’idée de renforcer l’étude du religieux dans l’École publique. […] Plaidant pour ”une approche raisonnée des religions comme faits de civilisation”, il note cependant que ”La précaution laïque autant que la saturation du système éducatif conduisent à […] à écarter l’hypothèse […] d’une “ matière ” en plus et à part entière dans le premier et le second degré. […]. C’est donc sur les contenus d’enseignement, par une convergence plus raisonnée entre les disciplines existantes, et surtout sur la préparation des enseignants qu’il convient de faire porter l’ambition. Ce sont ces derniers qu’il faut inciter, rassurer et désinhiber et, pour ce faire, mieux armer intellectuellement et professionnellement face à une question toujours sensible car touchant à l’identité la plus profonde des élèves et des familles.

Télécharger le rapport de Régis Debray

Image En Finlande, pays de tradition luthérienne, le plan d’études le plus récent prévoit un enseignement en religion non confessionnel dans lequel sont examinées les dimensions religieuses et éthiques de la vie. Le but de cet enseignement est d’offrir aux élèves les connaissances, aptitudes et expériences qui seront les matériaux pour la construction de leur propre identité et point de vue sur le monde. L’enseignement prépare les élèves à examiner les dimensions religieuses et éthiques de leur propre vie et de celle de la communauté. Le but est une éducation générale dans le domaine de la religion et de la philosophie de vie. (traduction à partir du National core curriculum for basic education, Ministère de l’éducation, Helsinki, 2004).
Image Au Royaume Uni , l’éducation religieuse est appelée à faire ”une contribution spécifique au développement de la connaissance et de la compréhension de la religion, de croyances, pratiques, langages et traditions religieuses et de leur influence sur les individus, les communautés, les sociétés et les cultures. Il met les élèves en mesure d’aborder et de répondre à des questions importantes concernant leur propre développement spirituel, le développement de valeurs et d’attitudes ainsi que des questions fondamentales concernant le sens et le but de la vie”.

 

Dans les cantons suisses

Image  Le canton de Vaud a transformé son enseignement d’histoire biblique en un enseignement d’”histoire biblique – cultures religieuses” qui ”en s’appuyant sur les traditions judéo-chrétiennes, aide l’élève à découvrir et connaître les racines des civilisations et les fondements historiques des cultures religieuses de la société dans laquelle il vit”. (Plan d’études vaudois 2006
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Le canton de Zurich a décidé en 2001 de remplacer l’instruction religieuse en collaboration avec les confessions par une nouvelle branche de ”Religion et Culture ”, obligatoire pour tous les élèves. A l’école primaire, plan d’études édicté en novembre 2006 met une priorité sur la connaissance des traditions et valeurs du christianisme comme religion fondatrice de notre société. Mais il prévoit aussi la transmission de connaissances sur d’autres religions et cultures sont présentes dans l’expérience des enfants. L’enseignement est conçu de manière que tous les élèves puissent le suivre sans préjudice pour leur liberté de croyance et de conscience.

L’introduction de cet enseignement de ”Religion et Culture” s’étendra aussi à l’école secondaire obligatoire, mais sa généralisation est prévue pour 2011 au plus tard. Un important effort de formation des enseignants doit en effet précéder.

Image Le canton de Fribourg vient d’adopter une nouvelle constitution. L’ancienne, remontant à 1857, confiait à l’Etat la haute surveillance de l’éducation et de l’instruction publiques, tout en stipulant que celles-ci ”sont organisées et dirigées dans un sens religieux et patriotique” et qu’un ”concours efficace est assuré au clergé en cette matière”. La nouvelle constitution (2004) , stipule à l’article 64 que ”L’enseignement respecte la neutralité confessionnelle et politique. Les Eglises et les communautés religieuses reconnues ont le droit d’organiser un enseignement religieux dans le cadre de l’école obligatoire”.
Image Seul canton neutre en matière religieuse avec Genève, le canton de Neuchâtel, a mis en place, en 2003, un «enseignement de cultures religieuses et humanistes».

 

En Suisse

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  • Dans sa Déclaration relative aux finalités et objectifs de l’école publique du 30 janvier 2003 , la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP) affirme que l’école publique ”prend en compte et rend accessible la connaissance des fondements culturels, historiques et sociaux, y compris des cultures religieuses, afin de permettre à l’élève de comprendre sa propre origine et celle des autres, de saisir et d’apprécier la signification des traditions et le sens des valeurs diverses cohabitant dans la société dans laquelle il vit”
  • Le Syndicat des enseignants romands (SER) a pris position sur cette question en 2004, affirmant notamment qu’une place doit être faite à l’enseignement du fait religieux comme objet de culture (connaissance du christianisme à travers ses manifestations culturelles et artistiques, ouverture aux autres religions selon une approche semblable et interrogations des sectes) dans l’école romande. Cet enseignement ouvert se doit de faire une place à la problématique du sens et éviter une forme académique insipide.
Voir à titre d’exemples l’évolution dans les cantons de Vaud, Zurich, Fribourg, Neuchâtel 

Et ailleurs ?

questions
La question du religieux à l’école est posée dans toute l’Europe
 
La place du religieux à l’école figure à l’agenda politique dans tous les pays européens et dans la plupart des cantons suisses. Cette convergence des préoccupations politiques s’explique avant tout par celle de l’évolution générale de la société.
Dans la majorité des pays et des cantons l’école publique assurait l’instruction religieuse en collaboration avec les Eglises il y a cinquante ans encore. Un peu partout, le rôle de l’école a été réduit dans le sens d’un enseignement de connaissances sur les religions, laissant aux familles et aux Eglises l’instruction de religion et la transmission d’une foi.

Contacts

Président:

Coordination :

Patrick SCHMIED
7, ch. de la Rochefoucauld    
CH-1290 Versoix
Tél. +41 22 755 62 24

Marie- Jeanne NERFIN
Ch. des Hirondelles 2
1226 Thônex
Tél./ fax 022.782.58.82
portable 079.824.84.27

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Des objectifs de compétence à la hauteur des enjeux de civilisation

Le groupe citoyen ”Culture religieuse et humaniste à l’école laïque” souhaite donc que l’enseignement genevois vise une formation des élèves aux faits religieux et aux questions qu’ils soulèvent dans l’histoire et dans l’actualité. Une telle formation s’inscrit dans les finalités de l’école publique proclamées par la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP SR/TI). Elle est soutenue par la déclaration du Syndicat des enseignants romands et par le GAPP. A Genève, ses objectifs seront définis en application des buts de l’enseignement tels que les définit l’article 4 de la loi sur l’instruction publique, dans le respect de la laïcité et de l’esprit de Genève. Elle sera transversale aux disciplines et commencera dès le début de la scolarité obligatoire.

En conséquence, elle doit viser à faire acquérir aux élèves au seuil de leur vie d’adulte, les compétences suivantes :

  1. Connaître les grandes questions de la condition humaine et l’essentiel des réponses apportées par les grandes traditions religieuses et les principaux courants philosophiques.
  2. Discerner clairement entre savoir, croyances, convictions, foi et sagesses, et reconnaître leurs modes d’expression.
  3. Connaître et reconnaître le choix historique de nos sociétés pour la laïcité, le principe de libre examen et de libre débat et une éthique de la communication fondée sur l’écoute, le respect, l’ouverture et le dialogue.
  4. Connaître les grandes traditions religieuses (éléments d’histoire, textes, fêtes, convictions, rites, pratiques, formes de pensée, langages symboliques, etc.) et en identifier les différences et les valeurs universelles.
  5. Savoir vivre ensemble dans le respect de la pluralité des options, conformément à une éthique de la liberté et de l’égalité des être humains.
  6. S’ouvrir à d’autres formes de pensée et d’expression (symboles, rites, visions du monde, etc.). Situer de manière critique ses propres convictions par rapport aux autres.
  7. Se repérer et se situer de manière argumentée face aux enjeux sociaux et collectifs (identitaires, communautaires, politiques) liés aux religions.
  8. Identifier la spécificité de la civilisation occidentale, avec ses racines religieuses, en faire une relecture critique et comprendre les défis et confrontations qu’elle engendre pour elle-même et pour les autres grandes civilisations.

Cette vision étant posée, il convient maintenant d’avancer, en dépassant une conception trop étroite de la laïcité et en ouvrant le débat au-delà du seul DIP dont il faut saluer au passage la volonté de « renforcer la transmission du fait religieux dans l’enseignement genevois, base indispensable à une laïcité basée sur la connaissance ». (11). Le groupe citoyen invite le Conseil d’Etat à constituer une commission extraparlementaire sur cette question de la culture religieuse et humaniste à l’école laïque, réunissant tous les partenaires concernés, pour

  • confirmer l’orientation générale du projet ;
  • voir comment il peut être concrétisé, sachant qu’il n’est pas question d’ajouter un enseignement spécifique à l’horaire des élèves ;
  • proposer une solution fondée sur l’interdisciplinarité et puisant aux apports les plus récents de l’histoire et des sciences sociales ;
  • préciser les ajustements nécessaires aux divers niveaux de l’enseignement (notamment en matière de formation initiale et continue des maîtres), les conditions et les modalités de réalisation ;
  • s’informer sur les solutions données en Suisse et ailleurs.
  • proposer un calendrier de réalisation.
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Pour que l’école genevoise assume sa mission culturelle

Le groupe citoyen fait siennes les principales recommandations contenues dans le rapport du groupe exploratoire du département de l’instruction publique et souhaite en particulier :

  • que le DIP, tenant compte des profondes transformations de la société, entre en matière sur le principe d’une prise en considération plus explicite du fait religieux dans le cadre de l’enseignement ;
  • que le principe de neutralité, nullement remis en question, interdise certes toute forme d’instruction religieuse ou de catéchisme, mais n’empêche pas l’école publique de donner aux jeunes une information solide sur les questions et les phénomènes religieux, sur l’histoire des religions et en particulier les origines judéo-chrétiennes de la civilisation occidentale, tout en soignant aussi l’histoire de la laïcité, de la science et de la démocratie ;
  • que toute prise en compte des faits religieux soit placée dans une perspective globale qui lui donne un sens général à long terme et dont le dessein vise une citoyenneté ouverte sur le monde et fondée sur une connaissance vivante de la civilisation occidentale et en particulier européenne, de ses origines, de ses dimensions fondatrices, de son originalité dans l’histoire de l’humanité et dans le monde contemporain ;
  • que cette prise en compte des faits religieux se situe dans la perspective d’ensemble des grands thèmes du débat scolaire actuel, à savoir notamment la formation de la personne, y compris la personne en quête de sens, la formation à l’éthique du libre examen et du libre débat, l’approfondissement de la culture scientifique et celui des valeurs de solidarité, de respect d’autrui, de la démocratie et des droits de l’homme dans une société pluraliste.
 
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Une question posée à toute l’Europe

Dans son rapport «Culture religieuse et école laïque», rendu public en mars 1999, (1 et 2) ce groupe exploratoire relevait notamment que la question de la place du religieux à l’école figure à l’agenda politique dans tous les pays européens et dans tous les cantons suisses. Genève n’est exceptionnelle, avec Neuchâtel, que parce que l’Etat et l’école y sont laïcs ou plus précisément neutres en matière religieuse.

La convergence européenne des préoccupations politiques s’explique avant tout par l’évolution générale de la société, selon trois axes principalement :

  • D’abord, l’attachement aux convictions religieuses de la tradition, ainsi que les pratiques, ont très sensiblement diminué au cours des 40 dernières années. Ce qui a pour corollaire un certain analphabétisme religieux chez les jeunes, qui se manifeste notamment par la méconnaissance des racines judéo-chrétiennes de notre civilisation occidentale et entraîne un déficit préjudiciable à la compréhension de notre histoire, de notre patrimoine artistique et culturel, de notre identité et de nos valeurs.
  • Ensuite, sous l’effet des migrations notamment, les sociétés européennes deviennent de plus en plus multi-culturelles et multi-religieuses. Or, on sait que seule une bonne connaissance réciproque peut préserver la paix entre des communautés  diverses : la tolérance ne prend pas racine dans l’ignorance.
  • Enfin, l’érosion de la crédibilité et de l’influence des Eglises de la tradition laisse davantage de place à toutes sortes de mouvances sectaires sur un marché des croyances florissant et très peu contrôlé.

Comment les choses ont-elles évolué face à cette situation ?

  • Neuchâtel, seul autre canton neutre en matière religieuse, a mis en place, en 2003, un «enseignement de cultures religieuses et humanistes».
  • Plusieurs autres cantons ont introduit ou préparent activement des réformes.
  • A Genève, pour faire suite au rapport du «groupe exploratoire», le DIP a organisé en avril 2003 une matinée de débat public sur cette question, avec la participation du philosophe français Régis Debray. (3 et 4)
  • Comme il s’y était engagé dès le début se son mandat, M. Charles Beer, président du DIP, a fait le nécessaire pour que réponse soit donnée à la motion M 1079 (5) (Introduction de cours sur l’histoire des religions pour les élèves genevois) déposée par Mmes et M. V. Olsommer, S. Leuenberger et C.Nissim et adoptée par le Grand Conseil en 1996. Cette réponse a été donnée au Grand Conseil le 18 février 2005. Nous en retenons ces lignes : « L’enseignement du fait religieux au sein des disciplines existantes doit être considéré comme un pan de culture générale nécessaire à la compréhension des événements mondiaux, à l’élaboration d’outils qui aident, le cas échéant, les jeunes à construire leurs idées et à choisir de manière indépendante leurs diverses appartenances. Cet enseignement participe ainsi à la construction de l’autonomie intellectuelle de l’élève et à l’élaboration de son esprit critique. Il permet de dépasser les crispations identitaires en renforçant ses compétences et ses connaissances. » (p.10). Le Conseil d’Etat affirme la nécessité d’une meilleure prise en compte du fait religieux dans les écoles publiques genevoises, dans le respect de la laïcité de l’école, et demande que des mesures soient prises pour encourager et aider les enseignants à intégrer cette thématique dans leur enseignement (formation, lieux d’échanges, cohérence des plans d’étude, etc.
  • –    Le Grand Conseil a reçu le rapport du Conseil d’Etat (6 et 7) et a décidé de le transmettre à la commission de l’enseignement et de l’éducation.
  • –    Le groupe citoyen ”Culture religieuse et humaniste à l’école laïque” s’est constitué en 2002; il a pour but de soutenir les recommandations contenues dans le rapport du «groupe exploratoire», d’entretenir la réflexion et de récolter de la documentation.

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